Histoire du snooker

Voici une histoire du snooker rédigée par C. Dott.

 

Histoire du Snooker

      S’il est difficile, voire impossible de fixer avec précision la date et le lieu de naissance du jeu de billard, il en va tout autrement de sa variante appelée snooker. Celle-ci naquit — dit-on — par un jour triste et pluvieux à Jubalpur, en Inde…

      En cette année 1875, les officiers britanniques du régiment du Devonshire passaient de nombreuses heures autour des tables de billard du mess alors que s’abattait la mousson. Les jours étaient monotones pour ces hommes et l’un d’entre eux, le Colonel Sir Neville Francis Fitzgerald Chamberlain, se mit à faire tourner son imagination.

   
   Chamberlain
 
 
   

Neville Francis     Fitzgerald Chamberlain
    (1856 – 1944)

   
   
   

      De nombreux modes de jeu comme le pyramids, le life pool ou encore le black pool furent imaginés, qui tous utilisaient plus de billes que dans le jeu traditionnel. Le black pool, par exemple, se jouait avec 15 rouges et une noire qu’il fallait blouser (empocher) alternativement, la noire étant remise à chaque fois sur sa mouche. Ces variantes commencèrent à avoir du succès et le toujours inventif Chamberlain se mit à ajouter certaines billes de couleur jusqu’à ce que le jeu évoluât vers une forme basique de snooker.

      Ce jeu comprenait 15 billes rouges, une jaune, une verte, une rose et une noire. Le principe en était déjà d’empocher alternativement une bille rouge et une “ couleur ” afin de marquer le plus de points possible. Quelques années plus tard les billes bleue et marron furent ajoutées, ce qui signa l’acte de naissance du snooker tel qu’il est connu de nos jours. Mais avant d’aller plus loin, voyons d’où vient le nom de notre sport préféré…

      Un après-midi un jeune officier de la Royal Military Academy de Woolwich visita le régiment de Chamberlain. Cet officier expliqua que, dans son Académie Militaire, on appelait “ snooker ” toute jeune recrue en première année (un peu comme l’on disait en français “ un bleu ” pour un nouveau conscrit, à l’époque de la conscription obligatoire). Plus tard, quand un joueur échouait à empocher une bille, Chamberlain avait l’habitude de lui lancer : “ C’est parce que vous êtes un vrai snooker. ” Il expliquait alors le sens du mot et admettait qu’ils étaient tous des “ snookers ” (des “ bleus ”) à ce jeu. Puis le mot finit par désigner le jeu lui-même.

      Plusieurs versions existent quant à savoir comment ce jeu traversa terres et océans pour arriver en Angleterre… Selon la plus connue (mais pas forcément la plus exacte), le champion de billard John Roberts (1847 – 1919) séjourna en Inde en 1885 et y rencontra Chamberlain lors d’un dîner donné par le Maharajah de Cooch Behar. Il se fit expliquer les règles du snooker, puis fit connaître ce jeu en Angleterre, où il se développa petit à petit. Vers la fin du xixe siècle, les dimensions et les proportions des tables de snooker, de même que les règles du jeu, étaient devenues identiques à celles que nous connaissons de nos jours.

 John Roberts

John Roberts lors d’un match de     snooker en 1899.
    Remarquez que les billes empochées ne sont pas encore récupérées dans des     rails, mais dans des filets.

     La plus grande contribution au rayonnement du snooker vint de la part de Joe Davis et de son frère Fred, qui dominèrent alternativement le jeu pendant plus de 50 ans. Ils firent énormément pour le faire passer du statut de jeu aristocratique à celui de passe-temps ouvert à tous. En plus de Joe — vainqueur de 15 championnats du monde consécutifs — et de Fred, huit fois champion du monde, il n’y avait qu’une poignée de joueurs de haut rang. Le niveau restait toutefois relativement bas, puisque le plus grand break jamais atteint en 1922 était un 33. Joe Davis améliora cependant son jeu et surpassa tous les autres joueurs par son talent et sa technique, au point d’effectuer un 147 — le plus haut break possible — en 1957 lors d’une compétition.

Joe davisJoe Davis en 1954

 

Denis Taylor

Dennis Taylor et ses fameuses lunettes

     Dans les années 1970, des joueurs comme Ray Reardon, John Spencer ou Dennis Taylor (et ses célèbres lunettes !) firent grimper en flèche la popularité du snooker. Puis vinrent les années 80 avec Steve Davis, Alex Higgins et Jimmy White, au style de jeu spectaculaire. La dernière décennie du xxe siècle vit apparaître des joueurs qui, au Royaume Uni, allaient devenir aussi populaires que les footballeurs professionnels, comme Stephen Hendry, John Higgins ou encore le fantasque Ronnie O’Sullivan, auteur du break maximum (147) le plus rapide de l’histoire du snooker en 5 minutes et 20 secondes le 21 avril 1997 (soit une moyenne de 9 secondes par coup) !

 

Ronnie O'Sullivan
   

Ronnie O’Sullivan.
    Sa rapidité dans la réflexion, la prise de décision et l’exécution des     coups lui a valu d’être surnommé “ The Rocket ” (la fusée).
    Il a également la particularité de jouer des deux mains avec la même     aisance.

      Ce qui précède pourrait laisser penser que principaux champions et professionnels du snooker sont originaires des Îles Britanniques, ce qui n’est pas totalement faux. Il s’est cependant toujours trouvé des joueurs non britanniques pour percer à un haut niveau, comme l’australien Horace Lindrum, les canadiens Cliff Thorburn (champion du monde en 1980) et Alain Robidoux, le thaïlandais James Wattana, le maltais Tony Drago ou encore le hongkongais Marco Fu. Le xxie siècle naissant a aussi vu un vaste essor du snooker ailleurs qu’au Royaume Uni et émerger des joueurs de très haut niveau comme les chinois Ding Junhui et Liang Wenbo, l’australien Neil Robertson (champion du monde en 2010) ou encore, tout récemment, le belge Luca Brecel

                   James Wattana                Lucas Brecel
                                           James Wattana                                                    Luca Brecel   

      Qui peut savoir si, dans un avenir plus ou moins proche, un joueur français ne va pas percer et s’imposer sur la scène internationale ? Et qui sait si l’un de ces futurs champions ne sera pas issu du Tapis Vert Angevin ?

                Le monde du billard serait-il différent de ce qu’il est aujourd’hui s’il n’avait pas plu comme les proverbiales “ vaches qui pissent ” à Jubalpur par une triste journée de 1875 ? Cette question restera à jamais sans réponse… Quoi qu’il en soit, le snooker a parcouru un très long chemin en relativement peu de temps, au point d’être devenu un sport très pratiqué de par le monde, avec une diffusion télévisée internationale. C’est d’ailleurs la télévision qui a permis à de nombreux amateurs en Europe continentale de découvrir cette discipline. Les caméras de la BBC ou d’Eurosport ne seront certainement jamais installées dans la salle du BCTVA, mais peut-être aurons-nous un jour la joie d’accueillir en nos mur sune compétition nationale, voire même de recevoir un ou plusieurs joueurs du “ Top 16 ” mondial dans le cadre de ce que les anglais appellent an exhibition game, un match de démonstration ?

Deus nobis haec otia fecit (C’est un dieu qui nous a procuré ces loisirs)
— Virgile, Les Bucoliques, Livre I, vers 6

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